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Mésange noire

 


Vacances d’hiver en Aveyron

Auteur(s) : Samuel TALHOET  

Actualisé le jeudi 29 octobre 2009.

 

L’Aveyron, situé au sud du Massif central, peut paraître bien inhospitalier en période hivernale pour la plupart des oiseaux. En effet, en raison des rigueurs climatiques, les animaux ont plus de besoins énergétiques pour lutter contre le froid alors que, dans le même temps, la durée du jour plus courte et l’enneigement prolongé limitent l’accès à la nourriture. De nombreux oiseaux décident alors de passer la mauvaise saison dans des zones d’hivernage beaucoup plus clémentes comme en Afrique ou dans le sud de l’Espagne. Et pourtant, le Milan royal vient volontiers passer l’hiver dans notre département !

Le Milan royal (Milvus milvus) est un rapace diurne d’une envergure de 145 à 165 cm. Il est facilement identifiable grâce à sa longue queue rousse et profondément échancrée, qu’il utilise régulièrement comme gouvernail. La tête est blanchâtre et le plumage brun rouge dessus et roux rayé de brun dessous. Les ailes sont tricolores dessus et on peut observer au-dessous deux tâches blanches, situées au niveau des poignets. Il s’agit de l’une des espèces les plus opportunistes qui soit. Si l’on ajoute à cela des mœurs charognardes très développées, on ne s’étonnera pas de savoir que son régime alimentaire est très diversifié (petits rongeurs, cadavres d’animaux, lézards, amphibiens, poissons malades ou morts…).

Depuis les années 1990, le Milan royal connaît une chute alarmante de ses effectifs dans plusieurs pays dont la France. Les causes principales de cette chute sont la dégradation des habitats suite à la modification des pratiques agricoles, les destructions illégales (le Milan royal est une espèce protégée par la loi), les empoisonnements consécutifs aux campagnes de lutte chimique contre les campagnols... Sur ce dernier point, il est intéressant de rappeler que le Milan royal est un piètre chasseur et qu’il capture régulièrement des campagnols, qu’ils soient en bonnes santés ou morts ! Or, les campagnes d’empoisonnement des Campagnols fouisseurs, appelés aussi Rats taupiers, avec des produits chimiques comme la Bromadiolone mettent en péril ce rapace qui s’intoxique à son tour. Il existe des moyens de lutte contre ces campagnols sans avoir à utiliser des produits chimiques : modification des pratiques culturales, accueil des prédateurs, utilisation du piégeage sélectif en début de pullulations…

Strictement européen, cinq pays abritent près de 90% de la population nicheuse mondiale de Milan royal estimée entre 19 000 et 24 000 couples : Allemagne, France, Espagne, Suisse et Suède. C’est un rapace que l’on qualifie de « migrateur partiel » : les populations nordiques vont passer l’hiver plus au sud alors que les populations méridionales sont plutôt sédentaires (cf. carte n°1). En France, les effectifs sont estimés à 3 000-3 900 couples nicheurs, localisés dans une bande reliant les régions du nord-est aux régions du sud-ouest en passant par le Massif Central. La population hivernant en France est quant à elle estimée à 5 800 individus.

Carte n°1 : Localisation des Milans royaux en périodes de reproduction et d’hivernage

En Aveyron, environ une centaine de couples se reproduit, essentiellement dans le nord du département (Plateau de l’Aubrac, Gorges de la Truyère, Carladez…) et dans la vallée du Tarn. L’hivernage y est avéré depuis 1979 où les premières observations sont rapportées au-dessus de la décharge de Sainte-Radegonde. Depuis, la situation en hiver a bien changé car, aujourd’hui, ce sont plusieurs centaines d’individus qui viennent hiverner dans notre département.

La LPO Aveyron étudie particulièrement cette espèce depuis plusieurs années (suivi de la population hivernante, recensement et suivi des couples nicheurs…). Des recherches de dortoirs hivernaux, c’est à dire les haies ou les bosquets dans lesquels les oiseaux se rassemblent pour la nuit, et des comptages réguliers de ces dortoirs sont menés depuis l’hiver 2003-2004. Ainsi, au cours de l’hiver 2006-2007, un minimum de 600 individus hivernants a été estimé pour 9 dortoirs connus (Sainte-Radegonde, Gabriac, Laguiole, Ségur…), ce qui est important quand on compare avec les effectifs nationaux hivernants (estimés à 5 800 individus). Grâce à de nombreux bénévoles de la LPO Aveyron, deux comptages simultanés des dortoirs connus sont organisés chaque hiver. Cela permet d’avoir une meilleure idée des effectifs hivernants, sans risque de compter plusieurs fois les mêmes oiseaux qui pourraient éventuellement changer de dortoir au cours de l’hiver. Ils arrivent généralement chez nous en octobre ou novembre et nous quittent en février ou mars pour rejoindre leurs sites de nidification. Des individus partent parfois plus tôt comme cet individu d’origine suisse ayant passé l’hiver 2008-2009 dans les Pyrénées et qui était déjà de retour en Suisse le 26 janvier 2009.

Un des dortoirs hivernaux est situé à proximité immédiate du Centre d’enfouissement technique de Sainte-Radegonde et de nombreux oiseaux viennent s’y nourrir dans la journée. La fermeture de ce centre étant prévu pour 2009, la LPO Aveyron a décidé de mettre en place une placette d’alimentation. Celle-ci a été créée à l’automne 2005 et des déchets d’abattoirs sont déposés chaque semaine d’octobre à mars. Les objectifs du poste de nourrissage sont de pallier la diminution de ressource alimentaire liée à la fermeture des décharges et garantir une ressource alimentaire suffisante et de qualité. Le suivi précis de cette placette mis en place permet de constater que de nombreux individus s’y nourrissent. Une vraie réussite !

Afin de mieux connaître la biologie de cet oiseau, des programmes de baguages et de marquages de Milans royaux existent dans plusieurs pays. L’individualisation des individus est alors réalisable grâce à la couleur des marques et aux inscriptions notées dessus. Lors des observations dans la journée sur les zones d’alimentations ou en soirée sur les dortoirs, il est donc possible d’observer des oiseaux porteurs de marquages sur les ailes. Ces informations sont très intéressantes car elles permettent de connaître, entre autre, l’origine des oiseaux observés. En Aveyron, grâce ces programmes, on sait désormais que des oiseaux nés en Allemagne ou des oiseaux ayant déjà passé un hiver en Espagne fréquentent notre département en hiver. D’autre part, 4 oiseaux suisses sont actuellement équipés de balises Argos ce qui permet de les localiser en temps réel. Ces derniers semblent beaucoup apprécier notre département puisque 3 de ces oiseaux sont passés au-dessus de chez nous à l’automne 2008 au cours de leur migration ou y ont même passé tout l’hiver 2008-2009.

Le cousin du Milan royal, le Milan noir (Milvus migrans) est un estivant en France, c’est à dire qu’il se reproduit chez nous au printemps et part passer l’hiver en Afrique tropicale. Néanmoins, des individus sont parfois observés en plein hiver. Par exemple, un adulte est noté les 7 et 14 janvier 2009 au-dessus du centre d’enfouissement technique de Sainte-Radegonde avec des températures avoisinants les -15°C, soit très loin des températures tropicales !

 


 


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